De la satire comme expression démocratique
Dans la vie démocratique, la politique est souvent associée à des formes d’expression codifiées : discours institutionnels, analyses techniques, échanges argumentés réservés à celles et ceux qui en maîtrisent les codes. Si ces formes sont nécessaires, elles ne suffisent pas toujours à faire vivre le débat citoyen. Une partie du public s’en éloigne, par désintérêt, lassitude ou sentiment que ce langage n’est tout simplement pas le sien.
La satire politique dans laquelle tente de s’inscrire à l’échelle locale le Pompishow (1), s’inscrit dans une autre tradition. Ancienne, populaire et profondément ancrée dans notre histoire culturelle, elle utilise l’humour et la caricature pour interroger le pouvoir. Contrairement à une idée reçue, elle ne se situe pas en dehors de la réflexion politique. Elle en propose une autre forme qui ne saurait être écartée d’un revers de main. Victor Hugo l’exprimait avec une formule devenue célèbre : « La forme, c’est le fond qui remonte à la surface ». Autrement dit, le choix de l’humour fait sens : il dit quelque chose de singulier en posant un regard décalé sur le monde politique.
Depuis longtemps, les arts satiriques ont montré leur capacité à rendre visibles les enjeux du pouvoir. Le dessin de presse, par exemple, est capable en une image de condenser une situation politique complexe et d’en révéler les tensions. Les marionnettes satiriques relèvent de la même logique. Du Guignol lyonnais aux guignols de l’info, elles mettent en scène des figures politiques souvent reconnaissables, non pour nier leur légitimité, mais pour les inscrire dans un jeu critique accessible à tous. « Si la satire opère sur le mode de la légèreté, elle interroge également les fondements symboliques de la démocratie, à savoir la confiance dans la parole politique et la croyance dans les médias. Les dialogues stéréotypés des marionnettes et la mise en scène burlesque de l’actualité politique entendent dénoncer les travers des puissants de ce monde tout en s’inscrivant dans le registre du détachement humoristique. Pour parvenir à établir une connivence avec le public, Les Guignols de l’Info s’appuie ostensiblement sur la parodie »(2)
Dans le cadre de la politique locale, la proximité entre les élus et les habitants rend le pouvoir à la fois plus concret et plus sensible. Critiquer avec humour le maire en exercice à travers des marionnettes satiriques ne revient ni à attaquer la personne ni à disqualifier la fonction. Il s’agit plutôt de rappeler que l’action publique, même à l’échelle municipale, se doit d’être interrogée, discutée et mise en scène. La satire ne tranche pas à la place des citoyens ; elle ouvre un espace de réflexion, souvent plus large que celui des débats institutionnels. Le rire, dans ce contexte, joue un rôle de médiation. Il permet de créer une forme de connivence, de susciter l’attention là où un discours classique pourrait laisser indifférent. Il instaure une distance critique sans agressivité, une liberté de ton sans renoncer à la profondeur. Comme le dit Bergson, le rire a aussi une fonction sociale : il corrige, il interroge, il révèle (3).
Le Pompishow (1), dont le 5e épisode vient d’être publié sur les réseaux sociaux, tente modestement de s’inscrire dans cette lignée. La création de marionnettes satiriques participe pleinement d’une tradition démocratique vivante, qui privilégie le regard critique et la mise à distance plutôt que la prise de position ou l’argumentaire. Elle contribue à la circulation des idées, à la vitalité du débat public et à une appropriation plus large de la politique par le plus grand nombre. Loin de réduire les enjeux locaux à une simple plaisanterie, elle rappelle que la démocratie gagne à être pensée, discutée… et parfois regardée avec humour.
Olivier Besson
(1) Pompishow 2026 https://www.youtube.com/@Pompimou1er, et sur facebook : Pompimou 1er https://www.facebook.com/olivier.besson.566
(2) Thierry Devars : Les vertus démocratiques du rire, in Effeuillage 2015 n° 4
(3) Henri Bergson : Le rire, essai sur la signification du comique, Paris : PUF, 1991, p. 4-6.
LAISSER UN COMMENTAIRE