20 mars 2026 | 08:52
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Que nous apprennent les municipales de 2014 et de 2020 sur les reports de voix entre 1er et 2nd tour ?

Les administrations françaises s’efforcent, depuis bientôt 25 ans, de mettre à disposition du public des textes et des informations dans un but de transparence et de recherche. Le portail data.gouv.fr , ouvert en 2011, offre notamment des données de scrutin avec une granularité au niveau du bureau de vote.

Les votes par bureau à Fontenay-aux-Roses permettent d’interpréter les reports de voix de 2014 et de 2020

Les analyses ci-dessous se basent sur des régressions multivariées. C’est un outil que les statisticiens considèrent comme basique et fiable, mais qui n’est pas à la portée du grand public comme le sont de simples ratios ou des corrélations.

Cependant, les conclusions en sont captivantes et d’actualité. Elles ont aussi l’avantage d’être qualifiées, c’est-à-dire qu’on peut distinguer ce qui est sûr de ce qui ne l’est pas.

Nous éviterons toute description technique (ceux qui sont intéressés peuvent contacter l’auteur). Nous nous focalisons sur la réponse à la question suivante : comment les électeurs du premier tour ont-ils voté au second tour à Fontenay ?

En 2014, le maire sortant a trouvé des réserves de voix massives chez les abstentionnistes du premier tour

En 2014, le maire sortant P. BUCHET (PS) se trouvait au premier tour face à 4 listes d’opposition, dont une de gauche conduite par un de ses anciens adjoints, D. LAFON. Au second tour, ces 4 listes se sont unies derrière L. VASTEL (UDI), arrivé largement en tête de l’opposition.

Les votes des municipales de 2014 à Fontenay-aux-Roses

Notez à quel point le maire sortant a trouvé des réserves de voix au second tour (973 voix de plus), que la participation en hausse ne suffit pas à expliquer.

D’où venaient ces 973 voix supplémentaires pour le maire sortant ?

  • L’analyse montre rapidement que ces voix ne venaient pas des électeurs de premier tour des listes VASTEL ou RIBATTO (c’était évident), ni de la liste FAYE (on s’en doutait).
  • Il ne reste que 2 explications possibles : des abstentionnistes ou de la liste LAFON ? Voici l’extrait pertinent de la régression multivariée :

L’analyse permet donc de trancher :

Il est certain que l’essentiel des quelque 1000 électeurs que le sortant P. BUCHET a trouvés entre les deux tours en 2014 venaient des abstentionnistes.

Pour le second facteur, le niveau d’incertitude (p-value en rouge) est trop élevé. Si des voix de 1er tour de D. LAFON sont revenues au maire sortant, elles étaient peu nombreuses et/ou peu représentatives.

En 2020, le maire sortant a trouvé peu de réserves de voix, et d’origine disparate

En 2020, le maire sortant L. VASTEL (UDI) se trouvait au premier tour face à 5 listes d’opposition, avec une faible participation liée au contexte du COVID. Au second tour, 2 de ces listes se sont unies derrière G. MERGY, arrivé 6 points devant l’ancien maire P. BUCHET.

Les votes des municipales de 2020 à Fontenay-aux-Roses

Au second tour, le maire sortant a trouvé quelques réserves de voix (282 pour passer de 2808 voix à 3090). Elles ne semblent a priori pas venir des abstentionnistes du premier tour, puisque la participation a encore baissé au second tour (723 votes exprimés en moins).

D’où venaient ces 282 voix supplémentaires pour le maire sortant ?

  • On ne sait pas, l’analyse ne permet pas de trancher.
  • Pour toutes les variables explicatives, les niveaux d’incertitude (p-value, en rouge) sont trop élevés pour affirmer quoi que ce soit.

Les voix que le sortant L. VASTEL a trouvées entre les 2 tours de 2020 étaient peu nombreuses, et diffuses. Elles ne relèvent pas d’un mécanisme de report identifiable par notre méthode.

En 2014, la liste de fusion de L. VASTEL a fortement bénéficié des reports de voix

Entre les 2 tours de 2014, L. VASTEL a fusionné sous lui 4 listes :

  • Deux listes de droite, la sienne et celle de P. RIBATTO
  • Une liste divers, de M. FAYE
  • Une liste de centre-gauche, de D. LAFON.

La liste de fusion a perdu 677 voix entre les deux tours.

Comment se sont faits les reports ?

L’analyse montre immédiatement que les reports de la liste de droite vers l’autre liste de droite ont joué à plein. Ceci valide l’hypothèse (attendue) que 100% des électeurs de P. RIBATTO avaient voté VASTEL au second tour.

Plus intéressant, on peut affirmer avec un haut niveau de certitude que :

Environ 85% des électeurs de FAYE et 69% des électeurs de LAFON ont suivi leur tête de liste et se sont reportés sur L. VASTEL au second tour de 2014.

Cette perte de 15% des électeurs FAYE et 31% des électeurs LAFON explique bien les voix perdues avec la fusion.

Ceci est particulièrement remarquable pour le cas de la liste de centre-gauche de D. LAFON,  qui a accepté de voter pour plus des 2/3 pour une liste de fusion avec un tête de liste de droite.

Comme nous l’avons vu ci-dessus, le reste des électeurs de D. LAFON n’est pas non plus retourné vers le maire sortant P. BUCHET de manière significative.

Je renvoie ceux qui chercheraient à comprendre les motivations de ces reports à se renseigner sur le contexte particulier autour du maire sortant en 2014.

En 2020, la liste de fusion de G. MERGY a bénéficié de reports de voix, mais pas ceux attendus et nécessaires

Entre les 2 tours de 2020, G. MERGY a fusionné sa liste citoyenne-EELV (23.6% des voix) avec celle du PS-PCF de P. BUCHET (17,8%).

Les votes des municipales de 2020 à Fontenay-aux-Roses (pour rappel)

En première approche, G. MERGY semble avoir fait le plein de ces voix, en passant de 2722 voix pour la somme des 2 listes au premier tour à 2752 voix au second tour. Dans cette optique, ce qui lui aurait manqué sont les 493 voix de la liste de S. BOURDET-FAYE, avec qui il n’a pas souhaité fusionner.

L’analyse montre une réalité différente.

D’abord, il est à peu près certain que les électeurs de C. ALVARO ne se sont pas reportés sur G. MERGY. Au vu de ce qui précède, ils se sont pour l’essentiel abstenus pour le second tour de 2020.

Ensuite, si l’on pose par hypothèse que la liste de fusion de G. MERGY n’est pas parvenue à mobiliser des abstentionnistes du premier tour (ce qui est probable vu que l’abstention s’est accentuée au second tour), on arrive à un tableau saisissant :

D’une part, 85% des électeurs de S. BOURDET-FAYE ont voté pour G. MERGY au second tour, avec un haut niveau de certitude.

Ceci valide a posteriori la décision de G. MERGY de ne pas fusionner avec M & Mme FAYE en 2020, puisque de toute façon il a bénéficié du report de la quasi-totalité de leur électorat.

D’autre part, le report de voix de la liste de gauche de P. BUCHET , vers la liste de gauche de G. MERGY, a été notablement faible (62%, soit moins des deux tiers).

Cette estimation a un très haut niveau de confiance (p-value de 4.10^-6). La faiblesse des reports de la liste PS-PCF est d’autant plus notable quand on la compare aux reports des listes de droite entre elles en 2014, ou même au report de la liste de gauche de D. LAFON vers la liste de droite de L. VASTEL en 2014

Conclusion : les 2 questions pour 2026.

Ces analyses permettent de conclure en identifiant les deux questions déterminantes du second tour de 2026 :

  • Le maire sortant saura-t-il aller chercher des réserves de voix chez les abstentionnistes ?
  • Le report de la liste de G. MERGY dans la fusion des listes d’opposition, sera-t-elle à l’image du report de la liste de P. BUCHET en 2020 ?

Yves-André Gagnard


Annexe : résultats détaillés par bureaux de vote

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