10 décembre 2022 | 11:49
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La RATP et les transports collectifs en Île-de-France méritent mieux qu’une nomination à la hussarde.

Alors qu’un cabinet de recrutement avait été mandaté par l’Etat actionnaire pour proposer une short list de candidates et candidats pour la présidence de la RATP, le Président de la République a décidé de désigner de manière unilatérale J. Castex comme futur président de la RATP.

Sa nomination doit être confirmée par le Parlement puis approuvée par le Conseil d’administration de la RATP. Elle a reçu un avis favorable de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique mais assorti de nombreuses réserves qui en pratique ne lui permettront pas d’exercer son mandat dans de bonnes conditions pendant au moins trois ans.

M. Castex a été désigné en raison de sa proximité avec le Président de la République et de sa “compatibilité” avec Mme Pécresse, Présidente de la Région Île-de-France et de l’Autorité organisatrice des transports d’Ile de France : IDF Mobilités. Il a la légitimité liée à son ancien poste de Premier ministre et c’est un homme de dialogue social mais il est néanmoins difficile d’affirmer que ses qualités sont telles qu’il pouvait se dispenser de suivre la procédure de sélection habituelles des présidents d’entreprise publique.

Passons en revue les “exigences” de la fonction. La ou le Président de la RATP : 

  • doit avoir une légitimité forte en amont : soit de par son expérience dans le transport de masse (“mass transit”), soit en étant issu du sérail et  notamment de la filière noble à la RATP le département des RER, soit au titre de son expérience passée ;
  • doit avoir si possible une expérience de management d’une entreprise industrielle ;
  • doit connaitre les arcanes de l’Etat (Bercy, Ministère des transports, Matignon…) afin de mieux décrypter le processus de décision particulièrement complexe de l’Etat ; 
  • doit avoir des capacités fortes de dialogue social afin d’instaurer des relations apaisées aussi bien avec les syndicats des plus réformistes que les plus revendicateurs ;
  • doit pouvoir nouer des relations cordiales avec tous les élus franciliens et notamment la Maire de Paris et la Présidente de la Région Île-de-France ;
  • doit savoir gérer les injonctions contradictoires permanentes de l’Etat actionnaire qui demande à la fois de recruter massivement, de faire des gains de productivité, d’investir, de réduire la dette, etc. ;
  • doit pouvoir gérer les conséquences sociales des décisions qui relèvent de l’Etat ou de la commission européenne (calendrier de l’ouverture à la concurrence qui commence par les bus en 2025, éventuelle réforme des retraites…) ;
  • doit pouvoir construire des relations de partenariat efficace avec la SNCF Ile de France (Transilien) alors que les deux entreprises ont trop souvent tendance à se renvoyer la balle des dysfonctionnements au quotidien. 

J. CASTEX remplit objectivement certaines cases mais pas toutes loin de là et par conséquent sa désignation aurait dû respecter la procédure habituelle. S’il avait été finalement retenu, sa légitimité aurait été forte alors qu’en voulant l’imposer par le fait du prince, le Président de la République l’a déjà fragilisé y compris auprès des partenaires sociaux au sein de la RATP.  Or, cette grande entreprise publique doit relever d’importants défis à l’avenir et, pour ce qui concerne directement les habitants de Fontenay-aux-Roses, doit améliorer la qualité de service  de la ligne B du RER aujourd’hui qualifiée de “ligne malade” en Île-de-France.

C’est la priorité absolue. Elle exige une présidente ou un président de la RATP immédiatement opérationnel et qui ne soit pas exclusivement happé par le calendrier d’ouverture à la concurrence dans les transports franciliens. En effet, cette ouverture à la concurrence,  qui commence en 2025 dans les bus, va déstabiliser des organisation, perturber le service public des transports franciliens, fragiliser la situation des agents de la RATP (et ceux de la SNCF) pour un bénéfice final qui sera nul. C’est l’exemple même de la décision idéologique irrationnelle qui a été prise par des instances européennes parfois éloignées de la vie quotidienne de nos concitoyens.

Contexte concurrentiel inadapté imposé par l’Union européenne, désignation du président de la RATP imposée par le Président de la République, refus de la Région Île-de-France et de IDF Mobilités d’accroître les moyens financiers accordés au transport collectif en Ile-de-France… Ce paysage sombre ne préfigure pas une amélioration des transports collectifs dans notre région, ce qui est une hérésie alors qu’il faut absolument réduire la part modale de la voiture dans les transports…

Gilles Mergy

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