9 août 2022 | 09:41
Vous etes ici:  / Libre opinion / Le projet de Plan d’aménagement et de développement durable (PADD) : quels impacts pour Fontenay-aux-Roses et le territoire ?

Le projet de Plan d’aménagement et de développement durable (PADD) : quels impacts pour Fontenay-aux-Roses et le territoire ?

Le débat sur le Plan d’aménagement et de développement durable (PADD) est une étape très importante de l’adoption d’un plan local d’urbanisme, ici intercommunal. Il s’agit du document politique, les autres documents étant notamment le règlement, les cartes avec les différents zonages, les orientations d’aménagement et de programmation (OAP). L’élaboration du PADD permet de réfléchir à l’évolution de notre ville pour les dix à quinze années à venir.

Le PADD n’est pas opposable aux demandes de permis de construire. En revanche, les OAP et le règlement qui doivent être conformes au PADD sont opposables aux demandes de permis de construire.

Document d’orientation politique, il n’est pas très technique mais doit être suffisamment clair pour donner une orientation utile au règlement et aux orientations d’aménagement et de programmation. Il est établi sur la base de diagnostics que l’on peut retrouver ici : https://vsgp-plui.concertationpublique.com/se-documenter/

Lors du conseil municipal du 27 juin dernier, nous avons eu à étudier un document rédigé par un bureau d’études en urbanisme : la société ESPACE VILLE basée à Viroflay.

Le projet de PADD, d’une trentaine de pages, est divisé en deux axes. Le premier est relatif à la durabilité du territoire et à la transition écologique. Le second porte sur l’attractivité du territoire pour vivre, étudier et travailler.

Lors du conseil municipal, j’ai commenté ce document par observations, certaines étant globales, d’autres portant sur des aspects plus précis.

Observation n°1 – Un document constitué d’un inventaire à la Prévert sans une réelle vision globale du territoire ce qui conduit à un document sans ambition et flou

Une lecture rapide pourrait nous faire croire que l’intégralité des sujets y est traité et qu’il est superflu de faire toute proposition. En effet, il y a un inventaire à la Prévert de tout ce qui est peut être fait dans le cadre de la transition écologique. Je dirais que des spécialistes pourraient toujours trouver un sujet à compléter mais globalement il est possible de raccrocher toute proposition à une des propositions.

Est-ce qu’un inventaire est suffisant pour un document de ce type ? Non. La simplicité de l’inventaire – qui est nécessaire mais non suffisant – s’oppose à l’établissement  d’un outil de prospective clair, porteur d’une vision afin que dans les deux prochaines décennies ce document soit toujours efficace au bénéfice de notre territoire et de ses habitants.

Nous ne pouvons pas nous contenter de propos mous et non consistants tels que – je cite :

Les onze Maires dans le cadre de la réflexion du projet de territoire, ont identifié quatre axes stratégiques de développement territorial communs :

  • Améliorer et protéger le cadre de vie ;
  • Promouvoir un développement responsable et solidaire du Territoire ;
  • Renforcer l’accès à la connaissance, à la création, à la culture et au sport ;
  • Imaginer un « Smart Territoire ».”

Qui ne serait pas d’accord avec de tels objectifs ? En effet, tout le monde veut améliorer et protéger le cadre de vie, tout le monde veut promouvoir un développement responsable et solidaire, etc. Quant au “smart territoire”, terme galvaudé, à la lecture du PADD, je n’ai pas compris à quelles ambitions pour notre territoire celui-ci s’applique.

Le manque d’ambition de ce document politique m’a laissé à penser que notre territoire vivrait le “train train” quotidien d’un territoire riche mais qui prévoit son développement au gré des projets privés, principalement présentés par les aménageurs et les promoteurs.

Qu’un PADD doive être rédigé en termes non techniques et être destiné à tous les citoyens est une chose essentielle mais il doit être également concret et porter un réel projet pour nos onze communes.

Observation n°2 – Territoire “Hydrogène” et territoire de santé, deux axes clairs mais incomplets

Il est prévu clairement que le territoire devienne précurseur en termes d’hydrogène à savoir qu’il devienne le premier territoire de ce type de la région parisienne.

Plus précisément, il s’agit de “Porter des ambitions fortes en matière de production d’énergie verte et d’hydrogène. Accueillir un démonstrateur écologique à Châtenay-Malabry, où sera installée la première station hydrogène du Territoire, ainsi qu’à Bagneux.

Après quelques recherches, j’ai appris que la Région Auvergne-Rhône-Alpes, dès 2018, a décidé d’en faire une filière d’excellence et de devenir le premier territoire hydrogène en Europe. Elle a lancé le projet Zero Emission Valley (ZEV), lauréat à l’appel à projet européen Blending Call 2017, afin de dynamiser la mobilité hydrogène.

En outre, je rappelle également qu’il existe déjà à Paris depuis 2015 une station d’hydrogène au niveau du pont de l’Alma, le démonstrateur écologique sera donc installé plus de 7 ans (si c’est aujourd’hui) après la station du pont de l’Alma.

Je pense donc que nous ne pourrons pas remplir le rôle de territoire précurseurs, d’autres s’étant déjà attelés à la tâche, il y a maintenant quelques années de cela. Mais, nous pouvons faire mieux.

Au niveau de l’hydrogène, il est nécessaire d’être plus ambitieux, et de viser la production d’hydrogène vert ou hydrogène propre qui permet de créer de l’hydrogène à partir d’énergie décarbonée. Là, nous serions alors sur un projet réellement novateur puisque donner le caractère propre d’une énergie est la plus grande difficulté à laquelle nous pouvons nous confronter.

S’agissant du territoire de santé, c’est un axe de développement très intéressant mais il est également essentiel d’être plus ambitieux.

Il est indiqué dans le PADD que “Le maintien d’équipements structurants de santé doit s’accompagner par le développement d’un écosystème économique et de formation autour de la recherche, de la santé et de l’innovation, comme la création de Vallée Sud Bio Parc.

VALLEE SUD BIO PARC est située à Fontenay-aux-Roses, et relève plus d’un bâtiment de domiciliation d’entreprises plutôt que d’une source d’innovation, ce qui est sensiblement différent.

Il s’agit – je cite ce qui est indiqué sur le site internet – “d’un équipement de 1500 m² destiné à l’accueil d’entreprises innovantes du domaine de la santé dans l’objectif de structurer la filière sur le territoire et donner des opportunités aux entreprises à la recherche de solutions d’immobilier et d’accompagnement.

Il y a des équipements – je cite encore – “Accès internet via fibre optique / Bureaux meublés / Service courrier / Accès sécurisés aux locaux / Accès photocopieurs / Accès aux salles de réunion équipées / Parking…” rien de plus que l’équipement administratif de n’importe quelle activité économique.

Si VGSP veut être réellement moteur et novateur, il est nécessaire de se saisir du sujet et de ne pas se contenter de proposer des bureaux avec une photocopieuse à proximité du CEA et de l’IRSN en espérant que se crée une synergie, de l’émulation qui fera de Fontenay à nouveau un lieu de découvertes scientifiques importantes.

Observation n°3 – Pas d’adaptation réelle à la crise climatique que nous traversons et qui va s’intensifier dans les prochaines années

Il est indiqué qu’il faut “amplifier la transition écologique”, “améliorer la résilience du Territoire face aux changements climatiques”, “Protéger les populations, et particulièrement les populations sensibles aux épisodes caniculaires, via des constructions et aménagements sur les principes du bioclimatisme.”

On parle de la résilience qui est la capacité à surmonter les chocs traumatiques. Nous pourrions plutôt être dans une logique de prévoyance qui est l’aptitude à prévenir et se prémunir des risques de l’existence dans un cadre collectif.

Autrement dit, nous sommes dans une logique de réaction plutôt que d’anticipation.

Il est urgemment nécessaire – et le PADD nous en donne l’occasion – de se préparer à une séquence climatique qui sera intense et complexe et de tenter d’éviter autant que faire se peut que nos villes ne deviennent invivables.

A ce jour, la planète enregistre déjà un réchauffement de 1,2 °C par rapport à 1900 et il est à noter que les assureurs commencent déjà à se désengager de certaines zones particulièrement à risque car il n’est plus possible d’assurer les biens et les personnes lorsque les seuils de risques sont trop importants. Cela démontre l’urgence de la situation.

Il est donc nécessaire de nous adapter à ce changement en anticipant et de tout faire pour “prendre notre part” afin de limiter le réchauffement sans nous déresponsabiliser et nous cacher derrière une fausse impuissance.

Observation n°4 – Création d’une 2ème coulée verte est-ouest

C’est un apport très intéressant du PADD. La création d’une nouvelle coulée verte similaire à celle existante est absolument nécessaire pour relier nos différents territoires.

Néanmoins, deux coulées vertes ne sont pas suffisantes pour un territoire de 47 km2 habité par plus de 400.000 habitants. Il est absolument nécessaire qu’il existe un maillage plus important de ces coulées vertes si nous voulons créer du lien entre les villes et avoir un environnement plus agréable.

Il ne s’agit pas d’exproprier des habitants mais de réfléchir concrètement à différents cheminements empruntables par les humains mais aussi par la faune. Ces corridors permettraient d’éviter de fragmenter le territoire et de créer des continuités écologiques qui constituent un réseau d’échanges permettant à la faune et à la flore d’accomplir leur cycle de vie.

Observation n°5 – S’agissant des eaux, une ambition limitée à la Bièvre et des sous-sols oubliés

La Bièvre passe certes sur le territoire (Bagneux, Bourg la Reine et Antony) mais elle n’irrigue pas tout le territoire.

Or, pour être complet dans cette ambition, il est nécessaire de travailler sur les cours d’eau des autres communes. A Fontenay, je pense notamment au ru de la fortune ou au ruisseau de la Fontaine des Moulins.

S’agissant des eaux souterraines, je n’ai pas lu qu’elles étaient traitées par le PADD.

Dans le PADD, il est indiqué qu’il faut “conforter la présence de l’eau dans la ville, dans les paysages, dans l’espace public, au sein des projets comme moyen de lutte contre les îlots de chaleur urbains”. Je rappelle que la création d’îlots de chaleur urbains (ICU) avec une fontaine est un non sens écologique et que cela n’apporte aucune fraîcheur sauf à directement se baigner dans l’eau, ce qui est interdit. A Fontenay, nous avons déjà 3 exemples qui démontrent que la présence d’une fontaine artificielle ou d’un bassin d’eau stagnante ne rafraîchit pas une place. De plus, les eaux sont traitées avec des produits chimiques en grande quantité ce qui empêche notamment les oiseaux de venir s’y hydrater lors des phases de grosses chaleurs.

S’agissant du “souterrain”, il est nécessaire de travailler sur les fonctionnalités des sols qui me semblent trop peu abordées. Cet item est pourtant essentiel puisqu’un environnement sain résulte d’un sol qualitatif. En effet, un sol qui fonctionne bien, c’est un sol qui séquestre du carbone, c’est un sol qui nourrit les cultures, c’est un sol qui dégrade les polluants, c’est un sol qui retient les eaux vertes et donc qui résiste mieux à la sécheresse.

A ce titre, la “récupération des eaux de pluie à la parcelle” et la capacité des sols à stocker  l’eau « verte », à savoir les eaux stockées dans le sol et la biomasse, seront essentielles. Les eaux vertes sont de loin la plus grande quantité d’eau contenue dans le sol, quand il les retient, puisqu’elle totalise 60% de la masse des précipitations. Le reste est de l’eau bleue et constitue principalement les cours d’eau, les lacs et les nappes phréatiques.

Observation n°6 – Les cartes et leur légende

Elles sont au nombre de deux, chacune reprenant un axe du PADD (durabilité et attractivité du territoire).

Ces cartes sont les pages les plus intéressantes du document car c’est en les étudiant précisément qu’on peut identifier si les items évoqués dans le PADD s’appliqueront réellement à notre commune.

S’agissant de la durabilité, à Fontenay-aux-Roses, il est bien prévu de :

  • Préserver la présence de jardins, d’espaces verts privés, de cœurs d’îlots qui participent au paysage vert et arboré du Territoire”.
  • Préserver les secteurs pavillonnaires identifiés pour leur rôle dans la trame verte et brune du territoire.” – Il faudra néanmoins être vigilant sur le zonage précis de ces espaces verts afin de préserver ceux du Panorama et du parc Sainte Barbe.
  • Tirer parti des abords d’infrastructures de transport comme le RER B ou les voies ferrées pour développer des espaces supports de biodiversité.
  • Veiller à végétaliser et désimperméabiliser les espaces supports de liens entre les parcs et espaces verts.
  • Adapter les manières de végétaliser la ville selon les spécificités de chaque secteur (toitures végétalisées, murs, pieds d’arbres…)

Ces items sont très bien mais à l’heure actuelle et compte tenu de l’évolution climatique, c’est vraiment le service minimum.

En revanche, il n’est rien prévu à Fontenay-au-Roses pour :

  • Favoriser la renaturation d’espaces publics, et accentuer leur perméabilité
  • “Valoriser et conforter la présence de l’eau au sein des projets.” alors même que nous sommes “Fontenay” dont le nom fait directement référence aux fontaines naturelles de la commune.
  • Préserver les forêts et grande masse verte”. Aujourd’hui, tout cet effort repose sur la coulée verte, ce qui est largement insuffisant pour notre commune puisque le Parc Sainte Barbe et le Panorama sont oubliés.
  • Favoriser la renaturation d’axes structurants du territoire”.
  • Travailler sur la mise en réseau des mares et espaces en eau, et en faire un marqueur de l’identité du Territoire.

S’agissant de l’attractivité, il est prévu de “préserver et mettre en valeur le centre-ville” ce qui est essentiel pour le rendre attractif. J’espère que la piétonisation du centre-ville, mentionnée comme objectif du PADD (je cite “Améliorer la qualité des espaces publics et favoriser la piétonnisation de cœurs de ville.”), sera appliquée dans notre commune.

Il est aussi prévu de conforter l’armature commerciale sur l’avenue Lombard, pôle de commercialité qui doit être conservé.

Trois projets d’aménagement sont prévus sur la carte : d’abord aux Blagis (projet en cours), puis un autre semble-t-il sur l’avenue Lombard. J’espère que la maison remarquable située au 14 avenue Lombard, préemptée par la commune, sera conservée. Pour le 3ème projet, Saint Prix, j’espère qu’il s’agira d’une rénovation (les techniques sont tout à fait maîtrisées) plutôt que d’une énième démolition/reconstruction très polluante.

Rien n’est prévu pour valoriser les entrées routières de la ville. En bref, il n’y a pas de plus value de ce PADD par rapport à notre document d’urbanisme actuel.

En conclusion :

En ce qui concerne Fontenay-aux-Roses, le PADD s’arrête à des sujets simples avec toujours les mêmes items mis en avant (coulée verte, RER B et quartiers pavillonnaires).

Il y a des difficultés à innover et à donner une autre dimension à notre territoire alors même que nous sommes un territoire avec des ressources. S’agissant de la durabilité, nous sommes dans les “petites actions” qui relèveraient plutôt d’entités de petite taille et nous n’avons pas un plan à la hauteur de notre territoire et des enjeux.

Léa-Iris POGGI – conseillère municipale indépendante
lea.poggi.fontenay@gmail.com

1 RÉPONSE

  • Michel Giraud

    Comment le PADD pourrait-il afficher une vision et des ambitions quand le Territoire affirme ne pas vouloir s’opposer aux volontés de chacun des maires ? Le PADD ne peut donc qu’être le plus petit dénominateur commun de ces volontés ou un exercice de langue de bois qui permettront in fine aux communes de faire ce qu’elles veulent…

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre email ne sera pas publié. Les champs obligatoires sont précisés ( obligatoire )