29 avril 2026 | 13:13
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Numérique municipal : au-delà des querelles, une vision

À quelques jours du scrutin, le débat s’est ouvert sur le numérique à Fontenay. Tant mieux. Ce sujet mérite mieux que l’indifférence.

Un candidat de la liste sortante a pris le temps de nous répondre. Je l’en remercie. Et je constate avec intérêt que nous partageons plusieurs convictions.

Il écrit : “La transformation numérique d’une collectivité ne consiste pas simplement à empiler des outils.” Nous sommes d’accord. Il ajoute que les canaux — site web, application, téléphone, accueil physique — doivent être “complémentaires, afin que chacun puisse utiliser celui qui lui convient”. Nous sommes encore d’accord. Il propose des “ateliers ouverts associant habitants, agents et élus”. C’est précisément notre méthode depuis le début.

Sur le diagnostic, nous divergeons. Il cite des services existants : planning scolaire, annuaire des associations, prise de rendez-vous. Ce sont des fonctionnalités utiles. Mais en 2026, elles constituent le socle minimum de toute commune. La question n’est pas là.

La question est : quand un incident survient dans notre ville, les habitants sont-ils informés en temps réel ? Peuvent-ils signaler un problème et suivre sa résolution ? Ont-ils accès à des données sur leur environnement — qualité de l’air, nuisances sonores ? Existe-t-il des lieux pour accompagner ceux qui décrochent du numérique ?

Clamart a son application “Ville de Clamart” avec alertes et signalements. Bagneux a “Iris”, qui a traité près de 9 000 demandes d’intervention. Châtillon a “Mon Châtillon”, 3 500 téléchargements en un an. Et Fontenay ?

Les agents municipaux font leur travail avec les moyens qu’on leur donne. Le problème, ce sont les choix politiques de ces douze dernières années.

Notre vision repose sur une stratégie cohérente : un site web modernisé, une application pour informer et dialoguer avec les habitants, une permanence numérique pour accompagner ceux qui décrochent, et Station B aux Blagis — un tiers-lieu où l’on passe de l’idée au projet, avec l’accompagnement nécessaire pour ensuite frapper à la porte de la Maison des Entrepreneurs.

Ce n’est pas une liste d’outils. C’est un écosystème pensé pour que le numérique serve vraiment les Fontenaisiens.

Et nous n’avons pas attendu d’être élus pour commencer : l’application L’Élan Citoyen existe et fonctionne.

Ahmed Mouldaia
L’Élan Citoyen pour Fontenay

5 RÉPONSES

  • Laurent Ribadeau Dumas

    Je trouve que c’est une bonne chose de voir des membres de différentes listes de la majorité et de l’opposition échanger courtoisement sur le numérique, dont la place devient de plus en plus importante dans nos sociétés.

    Le problème me semble être de combattre fermement ce que d’aucuns appellent la “fracture numérique”, véritable ségrégation qui s’est sournoisement mise en place au fur et à mesure des années. Notamment entre les générations, entre classes favorisées et défavorisées.

    Au nom de la simplification et aussi, sans l’avouer vraiment, pour des raisons budgétaires, les différents pouvoirs publics ont pratiqué la “dématérialisation” à marche forcée. Aiguillonnés par des geeks et par la volonté d’être dans l’air du temps, ils ont parfois oublié que les usagers ne sont pas égaux face au numérique, que certains ne sont pas équipés d’un téléphone ou d’un ordinateur ou ne sont pas à l’aise pour s’en servir. Résultat: il devient de plus en plus difficile de ne pas avoir à faire une démarche administrative sur internet. Mais l’ergonomie des sites est parfois d’une complexité kafkaïenne. Sans compter tous les codes et autres mots de passe qu’il faut rentrer ! Pourtant, quand l’administration veut, elle peut: il n’y a qu’à regarder le site des impôts, bien fait, et pour lequel elle a su accompagner les usagers. Il faut bien que les citoyens puissent payer leurs impôts…

    Sur la messagerie de la CNAV, par exemple, il était impossible à une certaine époque d’écrire des messages avec des accents, certains signes de ponctuation etc… Réussir à envoyer un message relevait de l’exploit alors que l’on ne pouvait pas faire autrement que passer par le site. C’est inadmissible, pour ne pas dire scandaleux. De la même façon, au nom de la dématérialisation, on ne peut plus recevoir les papiers de la Sécurité sociale par la Poste. Question: comment font ceux qui n’ont pas d’ordinateur ?

    Ségrégation, vous avez dit ségrégation ? Comme dans le film de Ken Loach, “Moi, Daniel Blake”, où l’agence pour l’emploi locale laisse un vieil artisan au chômage se débrouiller tout seul avec un ordinateur pour faire valoir ses droits. Une scène dans un film vaut parfois mieux qu’un long discours…

  • Merci Laurent pour ce commentaire qui prolonge utilement le débat.
    Tu as raison : la fracture numérique est une ségrégation silencieuse, on estime à 13 millions le nombre de personnes concernées par l’illectronisme. Et tes exemples sont parlants. Tout cela crée de l’exclusion, et pas seulement chez les seniors.
    C’est précisément pour cela que notre programme prévoit une Permanence Numérique. Un endroit pour aider les habitants dans leurs démarches dématérialisées : impôts, retraite, état civil, Pass Navigo, aides sociales, rendez-vous médicaux, France Connect… Avec des sessions pédagogiques animées par des médiateurs, des étudiants, des retraités compétents.
    Quand l’État impose la dématérialisation à marche forcée, c’est aux communes de jouer le rôle d’amortisseur : d’être ce guichet humain qui ne ferme jamais la porte à personne.
    Sur ce point, je crois que nous sommes parfaitement alignés.
    Ahmed

  • bonjour a tous

    Effectivement un débat courtois avec des éclaircissements, cela change et est surtout beaucoup plus utile.

    Ayant aussi travailler dans l’informatique durant ma carrière, il faut penser l’offre numérique via l utilisateur sans oublier qu’il y a 20% de la population qui souffrent d’illectronisme sans parler des personnes en grandes precarités que notre association accueillent et qui ne savent parfois par lire ou panique devant un ordi.

    Pour le numérique, il faut penser à :
    – conserver un guichet Humain car certains services/sites même pour un habitué se révèlent un vrai labyrinthe
    – écouter en priorité les besoins des personnes en difficultés avec le numérique et les associations qui les accompagnent
    – mettre à disposition des personnes compétentes pour épauler les postes en libre service.
    – enfin proposer des outils simples et rapides d’accès.

    L’idée d’appli de Mr Mouldaia va dans ce sens.

    Maintenant comme ce sujet vous tient a cœur, alors au boulot, car la marche est haute

  • Bonjour à toutes et à tous,

    Le ton courtois de mon propos me semble naturel : le numérique est avant tout un sujet qui doit rassembler plutôt que diviser.

    Je souhaite néanmoins apporter quelques remarques concernant les propositions de M. Mergy et de M. Mouldaïa.

    Vous évoquez la question de l’illectronisme. Les dernières statistiques du CREDOC montrent toutefois une évolution importante des usages numériques ces dernières années (je ne doute pas que vous disposiez également d’analyses détaillées chez Gartner).
    Nous ne sommes plus vraiment à l’époque de Windows 95 et du « mulot » !
    Il peut bien sûr subsister des difficultés liées à l’expérience utilisateur (UX). C’est précisément là que l’identification des bons points de contact et la compréhension du parcours utilisateur des différents “Personae” deviennent essentielles.
    (Mes excuses pour ce vocabulaire un peu technique, mais je m’adresse ici à des interlocuteurs qui connaissent bien ces sujets.)
    Je reste par ailleurs un peu surpris que la question des services municipaux soit relativement éludée. À mon sens, c’est pourtant un élément central : le numérique municipal doit avant tout permettre d’améliorer concrètement les démarches des habitants et de faciliter le travail des agents municipaux pour assurer un suivi efficace et transparent.

    Concernant l’idée d’un « Station F municipal », je serais également curieux d’en comprendre plus précisément les modalités. Les incubateurs ou accélérateurs reposent généralement sur des écosystèmes structurés — mentorat, investisseurs, accompagnement entrepreneurial — mobilisant de nombreux acteurs économiques et des moyens conséquents.
    Ces dynamiques sont passionnantes, mais elles dépassent souvent le cadre d’action d’une municipalité seule.
    Ayant moi-même participé à un programme d’accélération chez Microsoft Accelerator Ventures, dirigé à l’époque par Roxanne Varza (aujourd’hui directrice de Station F), je peux témoigner qu’un accélérateur repose avant tout sur un réseau d’expertise et de financement, bien au-delà d’un tiers-lieu.

    Enfin, petite remarque technique : votre application n’est en réalité qu’une PWA (Progressive Web App), autrement dit un site web amélioré. Comme quoi, dans certains cas, des solutions simples et pragmatiques peuvent s’avérer tout à fait pertinentes sans nécessairement passer par une application native.

    Le débat reste en tout cas utile et je serai heureux de poursuivre ces échanges sur la manière de construire un numérique municipal réellement utile et accessible à toutes et à tous.

    Bonne fin de campagne à tous !

    Rodolphe Renoncé
    (commentaire publié le vendredi 13 mars à 18h30)

  • Merci Rodolphe pour cette nouvelle contribution.
    Quelques précisions s’imposent.
    Sur l’illectronisme : les données du CREDOC que vous citez montrent une progression des usages, certes. Elles ne contredisent pas le chiffre de 13 millions de personnes en difficulté. L’un n’exclut pas l’autre. Et comme le souligne Hervé, qui travaille au quotidien avec des publics précaires, la réalité du terrain dépasse parfois les statistiques.
    Sur Station B : je note que vous parlez de “Station F municipal”. Ce n’est pas ce que nous proposons. Station B est un tiers-lieu d’accompagnement pour passer de l’idée au projet. L’étape suivante : structuration, financement, mentorat se fait à la Maison des Entrepreneurs, qui existe déjà. Nous créons une marche intermédiaire, pas un accélérateur. La comparaison avec Microsoft Accelerator me semble donc hors sujet.
    Sur la PWA : vous semblez présenter ce choix comme une limitation. C’est en réalité une décision technique délibérée. En contexte de campagne, nous devons pouvoir mettre à jour l’application en temps réel : ce qu’une app native ne permet pas sans passer par les validations App Store ou Google Play, qui prennent plusieurs jours. La PWA nous donne cette agilité. Et pour information, l’application représente plus de 50 000 lignes de code. Twitter Lite, Pinterest, Starbucks ont fait le même choix. “Juste un site web amélioré” est une lecture un peu réductrice.
    Le débat technique est intéressant, mais gardons l’essentiel en vue : proposer aux Fontenaisiens des outils qui leur simplifient la vie.
    Bonne fin de campagne à vous également.
    Ahmed

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