18 juillet 2024 | 00:42
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Dimanche 30 juin – Je viens de passer une mauvaise nuit !

Hier, mon épouse a eu l’excellente idée (au début, je ne la trouvais pas si bonne) d’aller chez le coiffeur dans le 4ème arrondissement parisien pour ensuite rejoindre le BHV et profiter des soldes. Nous avions prévu de terminer la soirée par la découverte d’un nouveau restaurant dans le quartier.

Quand je l’ai rejointe, le nombre de véhicules de police et de gendarmerie stationnés sur le Boulevard de Sébastopol m’a étonné. Je n’avais pas ouï dire qu’il y avait une manifestation prévue dans le quartier.

Quand sortant du BHV, nous avons remonté la rue du Temple, nous avons compris : la foule de la Marche des fiertés LGBT, qui venait de s’achever place de la République, se déversait dans le quartier. De la terrasse du café où nous avons pris un verre, puis de la salle du restaurant (le Suan Thai, 35 rue du Temple – je recommande !), nous avons pu profiter de la fête.

Car c’en était bien une, et une belle ! De la musique, de la danse, des rires, de la gaité, des joies de retrouvailles, des costumes parfois un peu outranciers ou volontairement provocants, des bustes bodybuildés exhibés avec fiertés, des jeunes et des plus âgés, des couples et des groupes, et même, parfois, un sentiment de tristesse devant des isolés attendant une éventuelle rencontre.

J’ai beaucoup aimé deux pancartes portées par des groupe. Elles disaient, en substance « Les LGBT n’aiment pas le R-Haine » et « Nous aimons les bi(-nationaux) »

Je me suis réveillé au milieu de la nuit en me disant « L’an prochain, ils ne pourront peut-être pas refaire cette fête… »

Allez savoir pourquoi, un souvenir est alors remonté à la surface.

Il y a presque deux ans, mon épouse et moi avons décidé d’emmener nos petits-enfants, Lucas et Anna, 12 et 10 ans, voir le feu d’artifice du 14 juillet à la tour Eiffel. Nous y sommes allés en métro, laissant la voiture à Denfert-Rochereau. Atteindre la place du Trocadéro ne fut pas des plus faciles, plusieurs stations de la ligne 6 étant fermées, mais ce n’était encore rien.

Je vous passe les péripéties pour tenter de voir un bout du spectacle entre deux branches d’arbre. Mieux vaut rester devant sa télé pour cela…

C’est quand il fallut repartir que cela s’est compliqué : toutes les stations de la ligne 6 étaient fermées jusqu’à la place de l’Étoile, qui allait être prise d’assaut. Nous décidâmes donc de rejoindre directement les Champs-Élysées et la ligne 1. Je savais qu’en prime l’accès aux rames est sécurisé et que nous ne risquions donc pas d’être poussés par la foule sur la voie.

Après une balade agréable dans le quartier (découvrir Paris la nuit, c’est bien aussi !), nous arrivâmes sur les Champs, je ne sais plus à quelle station. Évidemment, les couloirs, les escalators, les escaliers et les quais étaient bondés ; les métros qui arrivaient étaient quasi saturés. Mais, rame après rame, nous avancions, pour finalement arriver devant le portillon qui allait donner accès à la prochaine. Nous étions quatre, et il n’était évidemment pas question qu’un des enfants reste sur le quai. Nous nous agrippâmes les uns aux autres et pénétrâmes dans le wagon comme, en rugby, un maul franchit la ligne d’essai.

J’entendis soudain derrière moi une voix crier « Y’a des darons et des enfants ! » En quelques secondes, dix ou douze jeunes nous entouraient, formant un véritable rempart qui empêchait la foule de nous bousculer. Ils étaient beurs, blacks, blancs, jaunes, métis ; il n’y avait pas toutes les couleurs de l’arc-en-ciel LGBT, mais pas loin. Ils étaient venus pour faire la fête, mais n’avaient pas oublié la solidarité. L’un d’eux me dit « Ne vous inquiétez pas Monsieur, on est là. »

Je lui expliquai que nous allions descendre à Chatelet. Il passa la consigne. À l’approche de la station, ils nous ouvrirent un chemin jusqu’à la porte, s’excusant poliment auprès des autres passagers.

La rame de métro ne s’est pas arrêtée assez longtemps pour que nous ayons le temps de les embrasser, mais le cœur y était, et les regards portaient l’intention.

Je ne peux pas imaginer que dans quelques jours, certains pourraient tenter de renvoyer quelques-uns de ces jeunes au pays de leurs lointains ancêtres…

J’ai eu du mal à me rendormir…

Michel Giraud

1 RÉPONSE

  • Très joli texte. J’en suis presque emue et mon cœur est bien serré en ce moment avec ce qui se passe.

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