17 juin 2024 | 05:35
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Elections présidentielles : de la gauche de 1969 à celle de 2022

Pour rebondir sur l’article de Daniel Marteau publié hier sur ce blog.

Passionné d’histoire, j’ai toujours considéré qu’elle n’avait pas de leçons à nous donner (l’histoire ne se répète jamais), mais que nous pouvions tirer de nombreux enseignements de notre passé.

Présidentielles 1969 : la gauche social-démocrate, représentée par Gaston Deferre et Michel Rocard, est laminée : le premier obtient 5% des suffrages exprimés, le second 3,6%. Jacques Duclos, candidat du PCF (Parti Communiste Français), obtient 21,3% des voix, Alain Poher, candidat du centre, est à 23,3% et Georges Pompidou, qui sera élu au second tour, atteint 44,5% des voix.

  • Dès 1971, les diverses composantes de la gauche modérée, à l’exclusion du Parti socialiste unifié de Michel Rocard, s’unissent au sein du Parti socialiste (PS) au congrès d’Épinay ;
  • En 1972, c’est la signature du Programme commun par le PS et le PCF, qui seront ensuite rejoints par le Mouvement des radicaux de gauche.
  • En 1974, François Mitterrand, candidat unique de la gauche dès le premier tour, est battu de moins de 2% par Valéry Giscard d’Estaing (49,2% contre 50,8%). La même année, une fraction majoritaire du PSU, dont Michel Rocard, rejoint le PS.
  • En 1978, la gauche est majoritaire en voix au premier tour des législatives, mais n’obtient pas la majorité parlementaire au second.
  • En 1981, François Mitterrand est élu Président de la République avec 51,8% des suffrages exprimés. Au premier tour, Georges Marchais, candidat du PCF, avait été éliminé avec 15,4% des voix.

Présidentielles de 2017 : La gauche modérée, représentée par Benoit Hamon, est écrasée : 6,4% des voix. Jean-Luc Mélenchon, représentant de La France insoumise (LFI), est éliminé au premier tour avec 19,6% des voix ; comme Jacques Duclos en 1969, il est passé près du second tour… Emmanuel Macron (24% au premier tour) bat Marine Le Pen (21,3% au premier tour) avec plus de 66% des suffrages exprimés au second tour.

  • Les partis de gauche partent en ordre dispersé aux élections européennes (2019), municipales (2020), puis départementales et régionales (2021). EELV (Europe Ecologie Les Verts) gagne quelques grandes villes (Lyon, Marseille, Bordeaux, Strasbourg) puis quelques cantons. Forts de leur implantation locale, le PS et le PCF sauvent de nombreux élus locaux. En mal d’alliés, LFI fait de bons scores mais gagne peu d’élus.
  • Chacun des partis de gauche cultive sa différence, ses particularités, et présente son candidat aux présidentielles de 2022.

Présidentielles de 2022 : Je n’ai plus de mot pour qualifier le score de la gauche modérée : laminée en 1969 ; écrasée en 2017 ; « moribonde » en 2022 ?

Le problème est triple :

  • Non seulement les leaders de la gauche modérée n’ont pas su analyser les causes de leurs échecs depuis 2017 et n’ont donc pas tenté de reconstruire une alternative crédible face à Emmanuel Macron et Marine Le Pen ; il leur a sans doute manqué un « François Mitterrand » ;
  • Mais de plus, n’écoutant que leurs égos, mettant en avant leurs différences avant de chercher à proposer une solution réaliste commune, ils ont poussé les insatisfaits, les plus démunis, vers les extrêmes. Que cela profite à Jean-Luc Mélenchon pourrait n’être qu’un moindre mal. Mais cela donne surtout à Marine Le Pen une vraie possibilité d’être élue Présidente de la République au second tour ;
  • Enfin, J.L. Mélenchon lui-même doit s’interroger sur ses responsabilités. Plutôt que de laisser ses troupes fustiger le PCF ou EELV (« si Roussel ou Jadot n’avaient pas maintenu leur candidature, Mélenchon serait au second tour ! »), il devrait se demander ce qu’il a fait, ou plutôt n’a pas fait, pour les rassembler sur une plate-forme commune qui ne pouvait pas être « Je suis le plus fort, ralliez-vous à moi ! »

Force est de le constater, les leaders actuels de la gauche n’ont pas eu l’intelligence de leurs prédécesseurs. Ils auraient dû analyser les raisons de l’échec de 2017 (dont les promesses intenables de F. Hollande en 2012, puis l’incapacité du PS à maîtriser ses “frondeurs”) pour tenter de reconstruire ensemble une alternative crédible. Ne l’ayant pas fait, ils sont co-responsables des résultats du 10 avril 2022, qui donnent à l’extrême droite une vraie chance d’accéder au pouvoir.

Michel Giraud

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