17 juin 2024 | 04:51
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M. Giraud, vous avez écrit “terroriste”…

Sur le site ‘Osez Fontenay’ vous avez écrit le 13 octobre un article qui tentait – me semble-t-il – de renvoyer dos à dos le Hamas et l’état théocratique d’Israël… Je crains que vous n’ayez pas vraiment atteint cet objectif…

Je pense que l’emploi du mot terroriste a perturbé votre propos, et je me permets d’apporter mon éclairage personnel.

D’abord un petit rappel de notre histoire de France contemporaine : entre 1940 et 1944, quand notre pays était occupé, il y avait les « boches » et les « terroristes ». Ces terroristes-là – de toutes couleurs politiques (à partir de 1942), et de toutes religions – non seulement ils ont contribué à chasser l’envahisseur, mais ils ont été considérés, après coup, comme des héros, et pour nombre d’entre eux à titre posthume… Il suffit de se promener dans notre bonne ville de Fontenay, et de lire les plaques des noms des rues pour se rappeler l’ampleur de l’hommage qui leur a été fait. Eh bien ce sont les survivants de ces « terroristes » qui ont reconstruit notre pays, en particulier par le Conseil National de la Résistance (CNR). Ce petit rappel pour vous sensibiliser sur le fait que l’on est tout un chacun un peu le terroriste d’un autre, en fonction des circonstances !

D’autant que le mot terroriste n’a aucune définition juridique universelle [1], et il est facile de jeter l’anathème sur son adversaire en lui collant cette étiquette, à défaut de vouloir le reconnaître comme un autre homme qui a son histoire et ses raisons d’être en désaccord ! C’est la façon de faire de nos médias, aussi peu soucieux d’objectivité que de vérité, et qui s’en servent toute honte bue pour dramatiser leurs discours et attirer le chaland…

Il y a même des hommes politiques – je devrais dire des politiciens – qui usent de la chose de la même façon. Je n’ose même pas évoquer leurs motivations, de peur de voir la DGSI débarquer à mon domicile. On pourrait bien me reprocher une attitude que la loi française condamne, alors que je ne m’efforce que de rétablir à mon modeste niveau un minimum d’objectivité entre un agresseur – qui colonise et pratique l’apartheid depuis 75 ans dans le silence hypocrite de tous les pays civilisés, dont le nôtre – et des victimes qui sans être des saints ont aussi des droits historiques; droits régulièrement répétés par les instances internationales, celles-là mêmes qui ont voté en 1948 la création de deux états sur la terre de Palestine… Vous connaissez l’amalgame qui est fait entre ces deux mots qui évoquent l’un de ces pays, qui commencent tous les deux par ‘anti’, et qui a coûté sa carrière politique à Jeremy Corbin…

Pour votre info j’ai trouvé un article de presse qui parle d’une controverse en Angleterre sur le choix de la BBC de ne pas qualifier le Hamas de « groupe terroriste. » John Simpson, le rédacteur en chef du service international, explique sa position : « Le terrorisme est un mot chargé que les gens utilisent pour désigner un groupe qu’ils désapprouvent moralement. Ce n’est pas le rôle de la BBC de dire aux gens qui soutenir et qui condamner – qui sont les bons et qui sont les méchants. Nous soulignons régulièrement le fait que le gouvernement britannique et d’autres ont condamné le Hamas comme une organisation terroriste, mais c’est leur affaire. » En ce qui me concerne, entre la BBC et nos médias français, TV ou papiers, même les plus respectés, je n’ai aucune hésitation…

M. Giraud, dans une ambiance dramatisée à l’extrême par des médias et des politiciens opportunistes, essayons de garder un peu de hauteur, d’apprécier les évènements dans leur contexte, et de remettre quelque raison dans cette démagogie d’affectif.

Bien cordialement.

Michel Bayet – Membre du Modem


[1] Il existe par contre une définition claire des « crimes de guerre » au sein de la CPI.

La situation entre Israël et la Palestine est qualifiée par le droit international humanitaire de « conflit armé permanent ».

1 RÉPONSE

  • Non, M. Bayet, je ne cherche pas à renvoyer dos à dos le Hamas et l’état d’Israël.
    Je pense avoir écrit assez clairement pourquoi je qualifie le Hamas de « terroriste » :
    – il s’en est pris essentiellement à des civils innocents et sans défense, parfois torturés et assassinés de façon atroce, et non à des installations militaires, des infrastructures stratégiques, voire des symboles gouvernementaux (comme le palais présidentiel par exemple) ;
    – il utilise des otages comme bouclier humain.
    Quoi qu’on pense de l’État d’Israël, et je ne suis pas, de très loin, un soutien de la politique de son gouvernement actuel, on ne peut pas lui reprocher de tels actes. En revanche, chercher à détruire le Hamas en mettant sciemment en danger la population palestinienne de Gaza est une « faute » relevée par l’ONU, que certains commentateurs n’hésitent effectivement pas à qualifier de « crime de guerre ».

    Concernant les « résistants » de la dernière guerre mondiale, que l’ennemi et ses collaborateurs français qualifiaient effectivement de « terroristes », ils n’en ont jamais été à mes yeux :
    – leurs actions visaient à affaiblir l’armée d’occupation et ses collaborateurs ou à les empêcher d’agir en détruisant ponts, trains, voies ferrées, usines, etc. ;
    – à aucun moment ils ne sont allés assassiner des civils innocents en Allemagne ou en zone occupée.
    Pour moi, ce ne sont donc pas des enfants de « terroristes » qui ont reconstruit la France, mais des enfants de « résistants ».
    Cordialement

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