30 septembre 2020 | 17:38
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Vivre ensemble à Fontenay-aux-Roses

Je me permets de saisir cette occasion qui est la journée nationale de la laïcité (9 décembre 1905) pour dire aux musulmans de Fontenay-aux-Roses que nous avons le devoir et l’obligation de non seulement vivre ensemble mais aussi et surtout d’agir ensemble dans notre belle ville.
Il ne s’agit pas pour les fontenaisiens de confession musulmane de coexister avec leurs concitoyens catholiques, juifs, bouddhistes, athées ou agnostique. Nous savons tous que nous pouvons coexister sans interagir avec l’autre. Nous pouvons, en effet, coexister tout en  ignorant l’autre (une ignorance mutuelle).  Je parle ici de l’agir ensemble dans le respect mutuel des traditions et des croyances. L’avenir de notre ville (de notre pays) sur la question citoyenne s’inscrit dans le respect de l’agir ensemble. Cela demande à chacun d’être responsable. Nous devons être des sujets responsables. Les musulmans de Fontenay-aux-Roses sont des sujets citoyens qui prennent leur responsabilité. La citoyenneté, ce n’est pas une liste de droits que je réclame. C’est un corps de responsabilités que je dois reconnaître et dans lequel je dois m’engager, un engagement qui évite toute posture victimaire.
Le destin des français et résidents musulmans est d’abord dans leur conscience et leur engagement citoyen. Nous ne vivons pas tous seuls, nous vivons avec les autres et il y a des conditions pour vivre ensemble et pour agir ensemble.
Il y a des espaces bien entendu pour développer cette conscience citoyenne et ce « être ensemble » avec un projet local à construire ensemble.
Une des clefs du vivre ensemble est la communication et cette communication ne peut pas « être » si on est isolé.
Mes voisins, mes amis  fontenaisiens viennent me voir parfois et me font part de leurs peurs. Ils me disent qu’ils croisent des musulmanes et des musulmans qui portent des vêtements qui ressemblent à ce qu’on voit dans des pays comme l’Arabie Saoudite. Ils me parlent également de la prière dans la rue des fidèles les vendredis. Ils ont peur. Je les comprends. Il faut les écouter. Quand la peur s’installe, la méfiance s’installe. Il faut communiquer pour restaurer la confiance. Je dis à mes concitoyens de confession musulmane : faites attention quand vous voyez des peurs chez vos concitoyens, prenez au sérieux  ces questionnements car en minimiser l’importance sociale et psychologique revient à faire le lit de l’extrême droite. Ne confondez pas la peur du concitoyen avec l’instrumentalisation que va en faire une structure politique.
Il faut respecter leurs peurs.  Mettons nous à la place d’un fontenaisien qui habite à Gabriel Péri, qui assiste à un sur-stationnement dans cette avenue les vendredis, voit un défilé d’expression vestimentaire qui renvoie à une mode de vie qui pourrait être interprété comme en opposition avec la culture occidentale et pour finir assiste de sa fenêtre à  la prière dans la rue…
Evidement que je ne demande pas aux musulmans d’être absents de l’espace publique. Je suis moi-même attaché à la spiritualité intrinsèque à la religion. Ce qui me m’interpelle en revanche chez beaucoup de pratiquants, c’est l’augmentation du formalisme, l’obsession de la forme, de la règle, de l’apparence et qui produit une perversion de la vraie spiritualité. A un moment donné, cela permet beaucoup de jugements et de propos totalement déplacés sur les apparences et les formes alors que la vraie spiritualité est silence.
Alors vivre ensemble, c’est prendre le temps de dialoguer sur le sens. Partager sa vision de la vie. Combien d’entre nous discutent avec ceux qui ne partagent pas leur spiritualité, non pas pour se justifier mais tout simplement pour écouter et partager. La confiance commence là. S’entre connaître est fondamental pour vivre ensemble. Quand vous êtes responsable d’une moquée, d’une synagogue ou d’une institution religieuse, votre capacité de vivre ensemble est lié à votre interaction avec l’environnement.
Quel regard avons-nous sur l’école où sont scolarisés nos enfants. Combien d’entre nous interagissent avec les enseignants et avec l’encadrement scolaire.
La mixité sociale. L’habitat, être acteur du projet de rénovation du quartier des Blagis et y puiser de créativité en s’appropriant des espaces culturels et cultuels ! Ce projet est une véritable chance de décloisonnement social.  On a le droit de se méfier des intentions de ceux qui le portent. Mais c’est là ou on doit prendre la parole. C’est facile d’être un accusateur passif.
J’invite mes amis musulmans et non musulmans de se mettre en cohérence personnelle, de s’engager et être actif.
Msaali Mounir

11 RÉPONSES

  • texte clair et net

  • Bonjour,
    Merci aux responsables de ce site.
    J’aime la tonalité de ce texte. Je souhaite vivement que la pratique cultuelle soit confinée dans les structures dédiées à cela.
    J’assiste des fois désolé au spectacle de la prière dans la rue.
    Cordialement

  • Sophie Martinez

    Bonjour,
    J’habite à proximité de la salle de prière et je soutiens des passages dans le texte écrit par monsieur msaali.
    Est ce que quelqu’un peut répondre à une question dont je n’ai pas trouvé réponse malgré mes recherches.
    Que dit la Loi par rapport à la prière dans la rue ?
    Merci de m’éclaircir.

  • bilaud bertrand

    @Sophie Martiniez

    C’est simplement interdit.

    • Bonjour Monsieur Bilaud, une remarque sur votre commentaire si vous le permettez ( remarque uniquement sur les dispositions de la loi concernant les prières de rue et qui n’indique en rien ma position personnelle sur le sujet):
      Il me semble que c’est moins net que ce que vous écrivez.
      En effet, l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 stipule que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi».
      Juridiquement, la loi de 1905 garantit la «libre conscience et la liberté de culte» dans son article premier.
      Reste alors à déterminer ce qui « gêne l’ordre public ».
      Il me semble qu’aujourd’hui aucune disposition juridique n’impose l’interdiction pure et simple de ce type de prières. Mais peut être y a t il d’autres dispositions que je ne connais pas.
      (Rappelons aussi que la préfecture de police de Paris accorde un « régime de tolérance provisoire »).
      Daniel Marteau

  • bilaud bertrand

    Sans doute Monsieur Marteau, c’est par un simple article de presse que j’ai lu ça. Donc, effectivement, ce n’est peut-être pas si simple. Je sais par exemple qu’il y avait eu des polémiques avec civitas dont les membres priaient en pleine rue, lors des manifs pour tous, sous les yeux de la police qui n’avait rien fait. J’avais cru comprendre que M.Hortefeux ou Guéant, lorsqu’ils étaient ministres de l’intérieur l’avaient interdits, mais je n’en suis pas sur. Cette interdiction est peut-être sous condition.

  • En réponse à Monsieur Bilaud Bertrand.C’est pas en ayant des propos en disant je vous cite « c’est simplement interdit » que vous allez avoir un comportement de vivre tous ensemble et de faire le nécessaire auprès des musulmans Fontenaysiens et donc de l’association qui gère le lieux de prière pour éviter que le vendredi il y est des personnes qui prient dehors.Je pense qu’il faut développer la communication entre tous les habitants de ce quartier.Car de vivre dans l’indifférence s’est ce type de propos qui risquent de cliver les personnes.

  • bilaud bertrand

    Effectivement Monsieur Marteau, j’ai trouvé cela:

    La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 affirme que nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. Les manifestations religieuses en dehors des édifices du culte, comme les prières de rue, peuvent donc être autorisées sous réserve qu’elles ne troublent pas l’ordre public.

    Il a les mots peuvent être autorisées sous réserve…

    Le sont-elles à Fontenay je ne le sais pas.

  • Il n’y a pas à Fontenay d’interdiction dans ce domaine.
    Donc sans trouble à l’ordre public ou nouvelle disposition municipale, rien ne s’y oppose.

  • @arnaud blot
    Je vous remercie de votre sollicitude mais je pense vivre pas trop mal avec les autres.
    Par contre je n’ai aucune prétention pour faire cesser ces prières qui ne me dérangent pas du tout puisque je vis à 1 km de ce lieu.
    J’ai des amis qui vivent à proximité et qui en subissent les nuisances, pas tellement les prières par elles-mêmes d’ailleurs mais plus par rapport au stationnement devant leur maison et parfois aussi des menaces et injures lorsqu’ils ont le toupet de demander aux gens de déplacer leur voiture.

  • Letang Françoise

    Je ne pense pas que la vie sociale de M. Bilaud intéresse particulièrement les Fontenaisiens et si tout va bien nous en sommes ravis.
    Peut-être serait-il plus approprié pour avancer vers la sérénité et tenter d’instaurer un dialogue entre les personnes qui font la prière dans la rue et les riverains c’est ce que propose M. Mounir d’ailleurs.
    La méconnaissance engendre des peurs. Le dialogue et les explications rassurent et sont la base du bien vivre ensemble.
    LETANG Françoise

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