27 novembre 2020 | 06:30
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11 novembre, 11h11

Le 11 novembre, depuis plus d’un siècle, on célèbre les soldats morts pour la France. On célèbre le passé, on pense à ce qui s’est passé après la première guerre mondiale, on pense aussi à l’avenir. C’est une forme de devoir républicain implicite que de consacrer un peu de son temps à réfléchir au sens de tout cela, au sens du sacrifice, à l’obligation qui était faite aux jeunes soldats mobilisés de se rendre sur le champ de bataille, souvent dans des conditions qui ne laissaient guère de doute sur l’avenir de leur pauvre personne.

Je ne suis pas historien ; je ne tenterai aucune analyse personnelle sur cela.

Mais je suis citoyen français, et petit fils d’un « poilu », de la classe 18 (c’est-à-dire qu’il a eu 18 ans en 1918) qui a été envoyé au front. Il en est revenu, après avoir été gazé par les célèbres gaz moutarde (il souffrira sa vie durant de difficultés respiratoires).

Alors le 11 novembre, à titre tout personnel, je pense à mon grand-père, je pense à tous ces jeunes soldats morts ou blessés pour la France, je pense à leur sacrifice. Je pense à ces horreurs ; mais je pense aussi à la chance que nous avons de vivre en France, en paix depuis plus 75 ans.

Je pense à ma mère qui est allée jouer avec son violoncelle le trio de Ravel, enceinte de moi, dans la ville de Constance tout juste jumelée à Fontainebleau, elle qui n’avait pu reconnaître son père quand celui-ci, évadé d’un camp de prisonniers (pour construire le mur de l’Atlantique où il avait été déporté car appartenant au réseau de résistance de Fontainebleau qui avait été dénoncé) avait frappé à la porte de leur appartement, ne pesant plus que 35 kg. Ma mère qui dans l’exode a été mitraillée par les avions italiens.

Mon grand-père a été courageux par ses combats et ses engagements. Ma mère a été courageuse de contribuer à la réconciliation franco-allemande, à sa manière, par la musique et les échanges culturels.

Mes autres grands-parents ont sauvé une famille juive de la rafle du Vel d’hiv en prenant des risques inouïs. C’était naturel pour eux. Ils n’ont jamais cherché à le faire valoir d’une quelconque façon et je pense être le premier en écrivant ces lignes à rendre public ce fait.

Je pense à mes enfants qui ont des amis Allemands, Anglais, Italiens, Polonais, qui vivent dans cette Europe en paix.

Nos pays sont en paix mais des soldats français sont en ce moment en opérations extérieures. Ils y sont pour défendre nos valeurs.

Alors voilà, aujourd’hui, 11 novembre à 11h11, j’étais devant le monument aux morts de Fontenay. La cérémonie officielle à huis-clos venait de se terminer, cérémonie dont les élus de l’opposition avaient été exclus, informés de cela la veille pour le lendemain.

Un tout petit groupe s’était formé, en respectant les distances barrières, tous masqués, autour d’un ancien élu pour l’entendre lire la lettre officielle que toutes les mairies reçoivent 48 h avant une commémoration et qui doit en principe être lue lors de la cérémonie.

Je m’y suis joint et ai beaucoup apprécié cette lecture à haute voix. La lettre était très belle. La lecture en était forte, faite par un homme de conviction.

À titre personnel, j’ai tiré la plus grande satisfaction de ce moment. 

(Accessoirement, je me suis moins senti en insécurité qu’au supermarché en faisant mes courses.)

Des photos de ce moment ont été prises, au téléobjectif ; des élus de la “majorité” et pas des moindres, pratiquants débridés de Twitter, ont lancé une violente attaque à l’encontre de Gilles Mergy que j’avais convié à me rejoindre, lui qui fut conseiller municipal en charge du devoir puis maire adjoint aux finances et également au devoir de mémoire. À nouveau qualifié de « Trumpien » (il faudra que ces élus songent à se renouveler ; les tweets de ce personnage, dont la qualité n’est plus à démontrer…, semblent constituer leur source inépuisable d’inspiration) pour s’être rendu devant le monument aux morts, masqué et éloigné des quelques autres personnes présentes comme il se doit. 

Le procédé est indigne.

Je crois savoir comment mes grands-pères auraient agi pour le leur faire comprendre. Je n’ai pas leur courage. Je pense à eux.

Alain Lhémery

3 RÉPONSES

  • Émouvant article d’Alain Lhémery .
    Je tiens à dire qu’a chaque fois que j’étais présent à Fontenay le 11 novembre j’ai participé à cette cérémonie.
    Petit fils du capitaine René Claude Marteau, Saint Cyrien, tombé à 36 ans le 7 mars 1915 au Mesnil-lès-Hurlus à côté de Souain-Perthes-lès-Hurlus à l’attaque de Fortin de Beausejour, ce n’est pas la consigne de je ne sais quelle personne, élue ou non, de la ville ou non, qui m’aurait empêché d’aller me recueillir quelques instants devant le monument aux morts. Covid ou pas.
    Ce déchaînement de haine sur les réseaux sociaux de la part de quelques élus locaux, dont le maire, qui veulent tenter une récupération politique de la présence de quelques citoyens, dont un élu parce qu’il a été un concurrent à la dernière élection, est totalement pitoyable.
    Il est vrai qu’élu avec 20% des voix des inscrits fontenaisiens, il faut bien essayer de faire le buzz à n’importe quelle occasion.
    Daniel Marteau

  • Michèle Dorothée

    Faut-il comprendre que les conseillers municipaux ne faisant pas partie de la majorité municipale sont exclus d’une commémoration officielle? Comment cela est-il possible?
    Michèle Dorothée

  • Pour répondre à Mme Dorothée.
    En tout cas, c’était possible dans la plupart des villes de France; Exception culturelle locale ?
    De même, il était possible devant tous les monuments aux morts de France d’entendre lecture de la lettre publiée par le ministère, envoyée à toutes les mairies en préparation des commémorations 48h avant. Il semble que l’exception culturelle fontenaisienne ait encore été de mise pour la cérémonie officielle.
    Il est heureux que Mr Ribatto ait choisi lui aussi de venir à 11h11 précise (heure symbolique de l’exact moment de la signature de l’armistice) pour en faire lecture et que je m’y sois trouvé à ce moment. J’ai pu profiter, comme écrit dans l’article, de la belle lecture qu’il en fit.

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