28 mai 2020 | 05:38
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Information municipale sur panneau électoral, symbole d’une confusion entretenue

Des sept panneaux électoraux placés à l’entrée de chacun des bureaux de vote (un pour l’information sur le déroulement du vote, les six autres pour les listes en présence lors du 1er tour du 15 mars – une éternité), deux ont été opportunément laissés en place.

Un panneau électoral n’est pas un objet anodin de la vie citoyenne en France. Il permet aux candidats à une élection de se présenter à leurs concitoyens, de fournir des éléments pour que chacun puisse choisir ceux d’entre eux avec qui il a le plus d’affinités, ou le moins de désaccords, voire choisir de ne pas choisir.

Le panneau électoral est finalement un des symboles de la façon dont la participation citoyenne à la vie démocratique s’opère dans notre pays.

L’élection d’une équipe municipale et implicitement celle du maire constitue le niveau le plus fin du maillage électoral de la France. Notre pays tire fierté de son grand nombre de communes et de la proximité des citoyens avec les élus municipaux que cela engendre. On a beaucoup entendu ces derniers temps des expressions imagées de maires voulant rendre compte de cette proximité, l’une d’elle revenant souvent « On est à portée d’engueulade ou de baffes ». Oui, les échanges entre des élus de la commune et les citoyens de cette commune, en principe, sont permis, voire facilités. On répète à l’envi que c’est l’élection préférée des Français. On entend même parfois dire que si tel est le cas, c’est parce qu’au fond c’est l’élection « la moins politique » à laquelle le citoyen est appelé à participer. C’est faire peu de cas de l’étymologie du mot, et c’est une facilité dès lors que la ville dépasse une certaine taille, suffisamment grande pour que différentes orientations puissent être envisagées et s’expriment.

La politique municipale est concrète pour les citoyens : elle influe sur le paysage – au sens large – de la ville (environnement, espace public, habitat, voirie, espaces verts, lieux de réunion etc…) et sur la qualité et la quantité des services que la ville offre au plus près des besoins des citoyens (entretien de ce paysage, aides sociales, solidarité de proximité, culture, éducation, santé etc…). L’évolution du paysage et des services d’une ville résulte de choix politiques et des investissements réalisés pour les concrétiser. La politique municipale est encore plus concrète pour les citoyens s’il existe une volonté de l’équipe municipale de les faire participer aux choix et à leur possible réorientation, grâce à des instances propres à la ville. Cela est organisé dans certaines communes. Affaire de volonté.

On attend donc des candidats à cette élection que les choix a priori pour une mandature à venir soient précisés. Les styles varient d’une liste à l’autre, le degré de la précision également, selon que le programme a fait l’objet d’un gros travail ou a été conçu dans la hâte. Certains vont donner des orientations très générales, d’autres établiront un catalogue de promesses. À chaque liste son style et cela constitue pour le citoyen un élément supplémentaire de connaissance sur le degré de sincérité, sur le réalisme et le sérieux des diverses candidatures.

À la fin du processus électoral, la liste qui obtient la majorité mettra en œuvre avec son talent propre le projet qu’elle a présenté, ou ne le fera pas car les arguments donnés ou les promesses faites étaient mal fondés, ou, cela s’est vu, carrément mensongers (pensons par exemple à des promesses de ne pas augmenter les impôts locaux, de ne pas vendre tel ou tel équipement municipal).

Deux mois après ce premier tour si singulier, la présence de deux panneaux électoraux par bureau de vote vient nous rappeler qu’un second tour reste à faire (on en saura plus très bientôt).

Et dans ce temps particulier, notre édile Laurent Vastel est très médiatisé : le passage dans 3 des 120 journaux télévisés de TF1 de cette période de deux mois est un score jamais atteint pour le maire d’une commune de la taille de Fontenay. Il fallait traiter l’annonce de la maladie (bien tardive), celle de la guérison (somme toute assez rapide et tant mieux pour lui évidemment) et finalement l’action locale vis-à-vis de la crise sanitaire (bien faible, souvent inappropriée).

Par contre, et alors même que la mandature est prolongée artificiellement faute qu’un second tour ait pu être organisé, et que la légitimité de l’équipe aux commandes n’a plus tout-à-fait la même valeur qu’avant le premier tour (la liste conduite par Laurent Vastel n’a obtenu que 42% des voix au premier tour), on aurait pu penser que la nécessité de gérer l’ensemble des problèmes liés à la crise sanitaire inédite que nous connaissons afin de répondre au mieux, parfois dans l’urgence aux besoins des Fontenaisiens, aurait conduit l’équipe en place à travailler avec l’ensemble des élus, y compris ceux d’opposition dont la plupart se présentaient à l’élection, pour profiter d’une expertise étendue, d’une capacité élargie de réflexion. Il n’en a rien été.

De nombreux articles en ont traité dans les blogs citoyens de Fontenay et ici-même : six ans de mépris pour l’opposition ont donné une grande habitude à l’équipe encore présente de se croire seule en capacité à relever tous les défis.

L’unique participation espérée des citoyens à cette « vie démocratique » est celle de pouvoir reconnaître à la télévision celui qu’ils croisent parfois dans les rues du centre-ville, le partage des trois fois quelques minutes de gloire étant donné en pâture, le partage de sa « grandeur ».

Laurent Vastel et son équipe « gère » la crise pour la ville, heureusement avec les actions réelles menées par le personnel municipal compétent et dévoué. Heureusement des initiatives citoyennes, de l’entraide directement inventées par des citoyens sans aide de la mairie (ou alors s’il y en a, il faut pratiquement faire acte d’allégeance) sont là aussi pour palier les insuffisances ou parer au plus urgent.

Mais toutes les propositions émanant d’élus de l’opposition, qu’elles soient le fait d’une liste, ou de la réunion de l’ensemble des listes d’opposition, ont été ignorées tout simplement, voire, ont fait l’objet de contre-propositions par des arrêtés municipaux hautement discutables.

L’expression démocratique des citoyens aura disparu au long de la mandature qui s’achève. Le mépris pour les élus d’opposition est aujourd’hui à son comble.

Notre édile, prince des médias, est bien en campagne. Il utilise même les panneaux électoraux entre autres moyens de la ville pour que son autosatisfaction affichée en quadrichromie fasse office d’ « information » à la population de Fontenay en cette période difficile.

Confusion impardonnable des genres.

Les Fontenaisiens ne tomberont pas dans ses panneaux.

Alain Lhémery

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